Ah, les Îles de la Madeleine! J’ai eu la chance de visiter l’archipel dans le cadre d’une tournée de conférences au printemps dernier. Pour l’occasion, j’ai fait un partenariat avec Tourisme Îles de la Madeleine. En fait, c’est moi qui les ai contactés, car je voulais absolument découvrir le potentiel d’économie circulaire de cette magnifique région du Québec. J’y suis allée déjà deux fois auparavant, j’avais remarqué que leur gestion des déchets était bien différente, vu leur situation géographique. C’est à ce moment que j’ai voulu en découvrir plus. Quel beau séjour! Je ne m’attendais pas à être si charmée.

Voici donc un petit guide pour vous faire découvrir les Îles de la Madeleine autrement. 

Trier les déchets adéquatement

Si vous prévoyez un séjour aux Îles de la Madeleine, préparez-vous à vous déprogrammer du tri habituel des déchets. Comme mentionné plus haut, cet archipel paradisiaque du Québec fait face à des enjeux de gestion du tri et je crois qu’il est de notre responsabilité de touriste de respecter les consignes. Je vous laisse ici un guide que vous pourrez télécharger et amener avec vous. La plupart des poubelles publiques sont munies de visuels clairs, cependant, ce ne sont pas tous les chalets ou habitations qui affichent cet important visuel. 

Tri de déchets

J’ai eu la chance de visiter les différentes initiatives qui valorisent l’économie circulaire des Îles de la Madeleine. Leur objectif est de créer de la richesse à même les ressources disponibles sur le territoire, en se tournant le moins possible vers l’extérieur. Je suis encore émue, voire même charmée, par l’enthousiasme des Madelinots à s’entraider. C’est un peuple créatif et qui a une belle vision pour que les citoyen.nes soient autonomes ou presque.

Voici un petit aperçu de mes visites. 

Donner une seconde vie aux objets, matériaux et vêtements

Ré-Utîles / Matériauthèque

Ré-Utîles, c’est à la fois le centre de dons et la friperie des Îles de la Madeleine. Située sur la route principale (route 199) à Cap-aux-Meules. On y trouve de tout, vraiment tout! Leur but premier est d’éduquer les Madelinots sur la consommation dans le but de réduire le gaspillage à la source en priorisant les achats de seconde main avant de faire livrer du neuf (qui deviendra éventuellement un déchet après consommation). Ils reçoivent également une tonne de produits laissés à l’abandon par les touristes, en haute saison. 

« On essaie de motiver le changement, mais il faut apprendre aux gens à réduire leur (sur)consommation. Et pas nécessairement juste parce que c’est mauvais pour l’environnement, mais parce que tout ce qui est conservé ici est encore en excellent état, et qu’il mérite d’être revalorisé plutôt que d’être perçu comme un déchet.» Ces sages paroles de Mylaine St-Onge, co-directrice de Ré-UtÎles m’ont tout de suite touchées droit au cœur.

C’est tout de même un sujet très délicat, qui peut être difficile à aborder d’une façon positive, sans que les gens se sentent attaqués. Mais les bénévoles et employés de l’organisme ont la touche pour le faire! D’ailleurs, dans la vitrine, ils sélectionnent les plus beaux objets et accessoires en les mettant en scène dans une pièce démo, comme chez IKEA. La clientèle peut donc découvrir les objets et accessoires autrement que sur les tablettes. Il est ainsi plus facile de se projeter dans son décor à la maison. 

Certains cafés et restaurants des Îles de la Madeleine achètent de la vaisselle là-bas! Par exemple, Eve, de chez Renard vient régulièrement fouiller pour des plats de service. 

Pourquoi se les procurer ailleurs? Les tablettes de Ré-UtÎles cachent de magnifiques trésors. 

À titre de touristes, je vous invite à tenter l’expérience. Avant d’acheter du neuf, pourquoi ne pas aller faire un petit tour? Vous trouverez tout ce qu’il vous manque, comme des sandales, une pompe pour votre matelas de camping, des accessoires de bébé, de la vaisselle, etc.

Ré-UtÎles ouvre du jeudi au vendredi de 13 h à 17 h et le samedi de 9 h à 12 h et de 13 h à 17 h.

Photos de l'intérieur de Ré-UtÎles

Ré-UtÎles

À quelques kilomètres de Ré-UtÎles se trouve la Matériauthèque qui sert de friperie pour les objets de rénovation et de construction. C’est réellement un espace multidisciplinaire : vous pourrez y trouver des matériaux, mais aussi des luminaires, de la peinture, etc. Bientôt, vous pourrez même y aller pour des outils pour construire ou réparer vos objets, sans avoir à acheter du neuf.

J’ai été très étonnée par la qualité des matériaux donnés. Ce sont des surplus de chantiers, des “déchets de démolition” ou autres. Mais chose certaine, que vous soyez en camping, en van ou en chalet, s’il vous manque une vis, passez faire votre tour à la Matériauthèque avant d’aller acheter du neuf. Vous trouverez tout ce dont vous avez besoin, même plus! 

La Matériauthèque ouvre le samedi de 9 h à 16 h.

Coop La Machine

Sur le chemin du Quai, à Cap-aux-Meules, vous découvrirez une magnifique boutique d’artisanat de seconde main qu’il faut absolument visiter. La mission de Coop La Machine est de créer de nouveaux vêtements et accessoires mode avec les tissus qu’ils récupèrent lors de leur chasse aux vêtements hebdomadaire.

Monique, Brigide et Mélanie prennent les tissus et font quelque chose de totalement différent avec! Elles créent un patchwork unique pour jeter le moins de tissus possible. Elles s’adaptent à toutes les matières! De cette façon, elles obtiennent moins de déchets à la fin. Elles créent des vêtements (leur meilleur vendeur est le poncho), des serviettes à cheveux, des jupes, des chandails en coton ouaté pour les enfants, etc. 

La boutique déborde de jolis vêtements et accessoires fabriqués pour revaloriser les vêtements qui devaient être jetés, vous y trouverez également de beaux produits de quelques compagnies indépendantes québécoises et écoresponsables. Ils ont même une mini friperie en magasin! Les morceaux dans la friperie qui comportent des défauts sont même vendus à contribution volontaire! « Votre prix » qu’ils appellent! Je me suis offert un magnifique tricot que je prévois porter tout l’hiver!

Avec leur projet, les créatrices de Coop La Machine ne font pas que créer du neuf avec du vieux, non! Elles donnent même des conférences et des activités dans les écoles! Elles organisent évidemment la chasse au linge, mais également des ateliers d’échange de vêtements ou même des ateliers de réparation avec les élèves! Leur mission est puissante et porteuse, une autre bonne raison de les encourager en passant acheter un souvenir à la boutique. 

Florence-Léa à la Coop La Machine

Coop La Machine

Un tour gourmand et résilient

Après un tour guidé pour comprendre l’impact des objets de consommation aux Îles de la Madeleine, nous avons été accueillies par Au bon goût frais des Îles pour un tour gourmand. L’objectif était de nous démontrer que l’agrotourisme est une des grandes richesses de l’archipel, mais j’ai surtout retenu la solidarité entre les cultivateurs et fermiers. 

Au coin des sangliers

Notre premier arrêt était Au coin des sangliers, à Fatima, où nous étions attendu.es pour découvrir les produits, mais surtout découvrir la ferme. Monsieur Jeannot Aucoin et sa femme, Gilberte, nous ont fait visiter leur commerce qui valorise l’économie circulaire. 

En fondant leur entreprise, il y a une trentaine d’années, ils voulaient créer quelque chose qui n’existait pas aux Îles. Ils cherchaient la nouveauté, sans faire de compétition aux entreprises déjà installées aux Îles. Jeannot, pêcheur de métier, a fondé sa ferme pour travailler à l’année. Il a démarré son projet sur un coup de tête, inspiré par Astérix et Obélix, une émission qu’il écoute encore avec ses enfants et petits-enfants. Ce sympathique personnage nous fait rigoler tout au long de la visite. Son amour des animaux est palpable, il les respecte beaucoup.

Plutôt que de faire compétition à d’autres fermes, il préfère plutôt créer des liens basés sur l’entraide. Tous les jours, il embarque dans son camion et part chercher le petit lait à la ferme du Pied de Vent à quelques kilomètres de chez lui. En effet, le petit lait était un déchet difficile à gérer pour l’entreprise de délicieux fromages. Depuis que Jeannot le récupère quotidiennement, ses bêtes se régalent et le problème est réglé. 

Il passe régulièrement par la Coop IGA pour récupérer les surplus de légumes qui servent à nourrir les sangliers qui ne reçoivent aucun vaccin et qui ne sont pas castrés. 

J’ai été touchée par le calme des bêtes qui semblaient heureuses de se promener dans leur immense enclos. Bien que Jeannot et Gilberte n’aient pas choisi de payer pour une certification biologique, leurs produits sont quasi bio. Les nombreuses et onéreuses normes d’une telle certification les empêcheraient de pratiquer l’économie circulaire. 

En plus de ce point de vente, ils ont une cantine à l’Anse des baleiniers. La boucherie et la cantine sont ouvertes au public pour la saison, mais avec un horaire réduit, par manque de personnel.

Pied-de-Vent

Notre deuxième arrêt gourmand était à la fromagerie. Dominique Arseneau nous a fait une visite des installations où tout est réfléchi pour être efficace et en circuit court! 

Les vaches canadiennes nous attendaient et étaient ravies de nous voir arriver. On pouvait néanmoins ressentir leur impatience de sortir brouter dehors, plaisir auquel elles auraient droit dès la semaine suivante. 

L’étable se situe à quelques mètres en haut de la fromagerie qui, elle, donne sur la route. Ils ont un excellent système pour ne rien perdre! D’abord, le lait descend par les tuyaux qui relient la ferme à la fromagerie. Avant, le lactosérum remontait dans une cuve, et ils le distribuaient aux vaches! Mais certaines vaches n’aimaient pas ça, alors c’était trop de gestion, trop de troubles le ramasser.

C’est là qu’ils l’ont offert à Jeannot pour ses sangliers. Notamment, car les porcs et les sangliers transforment mieux le lactosérum que les vaches! Ils produisent encore à l’échelle humaine avec pas plus de 60 vaches.

Lactosérum

L’utilisation du lactosérum est un gros défi à la base : il est remis chaque matin, puisqu’ils manquent de place pour le conserver! Maintenant, ils ont des nouvelles idées pour utiliser le lactosérum, mais ils n’ont pas de main d’œuvre pour les exécuter! Dominique mentionne tout de même que « ça brasse en ce moment à la fromagerie! » Pour l’instant, le lactosérum est donné tel quel, mais je suis persuadée que dans quelques années l’entreprise développera des projets pour le revaloriser. 

Autre fait charmant, la ferme du Pied-de-Vent fait du troc de terre. Oui, vous avez bien lu! Ils amènent leurs bovins sur certains terrains privés en échanges de produits ou d’un petit loyer. Certains demandent de la viande, alors que d’autres exigent gentiment de couvrir une partie des taxes. Bref, ils ont une multitude d’ententes avec les partenaires, comme ils ne sont pas propriétaires à 100 %. C’est un modèle d’affaire basé sur la collaboration.

Entre les fermes, il y a un partage de machineries, entre les fermes. Ils commencent même à valoriser la viande, malgré le fait que la boucherie est précaire, fragile. Si vous voulez goûter au bœuf local, aimé et abattu dans le respect, sachez que la viande est vendue exclusivement à la boutique de la fromagerie. L’avantage, c’est que le circuit est très court, puisque l’abattoir est en face de la fromagerie! On peut même dire qu’ils sont l’emblème du circuit court!  

Le fumoir d’Antan

Le fumoir d’Antan était notre troisième arrêt et “Ben à Ben” nous y attendait. J’ai eu un réel coup de cœur pour cet homme très impliqué dans sa communauté. Il a pris le temps de nous raconter l’histoire du fumoir fondé en 1940 par son grand-père, à une époque où les Îles de la Madeleine étaient une capitale de fumoirs, il y avait environ 40 boucaneries en tout.

Malheureusement, avec le manque de lois, le hareng s’est éteint au fil des ans, à cause de la surpêche! Les fumoirs ont alors été démolis en majeure partie. En 1985, avec l’idée d’en faire autre chose, une intuition les retient… « Et si le hareng revient? » que Ben se dit. Il ne voulait pas quitter cette partie de sa vie et il avait eu du flair, car dès le début des années 90, on recommence à voir du hareng dans les eaux des Îles.

En 1996, ils ont fait de grosses rénovations des installations pour les moderniser. Ben nous a raconté, avec sa grosse voix théâtrale : « LE MONDE ÉTAIT BOUCANÉ! On voyait les nez sortir par les fenêtres des voitures des touristes. »

Malheureusement, ça n’aura pas duré longtemps : en 2003, le hareng disparaît encore! Même encore cette année, en 2022, il n’y a pas de production ou de vente de hareng traditionnel, car ils n’ont plus du tout accès à la ressource. 

Fumoir d'Antan

Économie Circulaire

Et l’économie circulaire dans tout ça? La nourriture attire le homard. Les pêcheurs utilisent de la « bouette» (qui est en fait le mot bait en anglais, déformé) c’est-à-dire des résidus de poisson déposés dans les cages pour attirer les homards. 

Ils fournissent donc de la bouette aux pêcheurs et en échange, demandent du crabe et du homard. C’est le modèle madelinot, fondamentalement basé sur l’échange.  

Ils font également d’autres partenariats, dont un avec la microbrasserie À l’abri de la tempête. Ensemble, ils ont créé la bière corps mort, conçue avec des grains fumés devant le hareng! Wow. Vraiment très bonne! Riche et un peu liquoreuse, en bonus, elle vieillit bien, comme un bon vin!

Bière Corps Mort

Passez faire des provisions au fumoir d’Antan (et boire une bière À l’abri de la tempête) et prenez le temps de vous arrêter à L’économusée. Vous repartirez avec plus que des produits, mais aussi avec un peu d’histoire des Îles de la Madeleine. 

Quel beau séjour!

Je termine en vous laissant un lien vers l’engagement développé par Tourisme Îles de la Madeleine afin de sensibiliser les visiteurs à la fragilité de la destination et de prendre connaissance des particularités propres à l’archipel. Vous prévoyez un séjour aux Îles de la Madeleine, allez donc signer ces 12 engagements! C’est peut-être pas grand chose pour vous, mais ça fera toute la différence pour ces gentils et généreux madelinots qui vous accueilleront et qui se sentiront respectés. 

 

Bon séjour! Profitez-en pour moi! 

Florence-Léa